Les Rencontres Numériques de Bragelonne & Milady 2017 : Debriefing

Je suis allé aux Rencontres Numériques de Bragelonne le 30 septembre dernier. Autant le dire tout de suite : je n’ai pas aimé. Ma déception est à la hauteur de mes attentes concernant cet événement et elles étaient grandes. Bragelonne n’est pas forcément le fautif dans cette histoire… Quoique…

Pourquoi, je suis allé à ces rencontres :

Je suis un gros lecteur numérique : j’ai chez moi un énorme problème de place et des bibliothèques impressionnantes déjà pleines à craquer. Pour solutionner ce problème, il faudrait que je change de maison et j’ai bien peur que mes modestes revenus ne me permettent pas de financer ce changement. Pour répondre à ma boulimie de lecture, la seule solution est de me convertir au numérique. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui mes achats sont majoritairement des ebooks n’achetant du papier que pour les romans qui ne sont pas disponibles pour ma liseuse.

Dans ce cadre Bragelonne est l’une de mes maisons d’édition préférée. Mis à part le fait qu’ils sont les premiers défenseurs (et diffuseurs) de l’imaginaire en France, ils se sont mis très rapidement au numérique et n’hésitent pas à en faire la promotion ouvertement par exemple avec la #GosseOp. Bref dans mon esprit Bragelonne et le numérique « ça matche ».

J’adhère totalement au discours de Stéphane Marsan : j’ai eu l’occasion de lire chez Actualitté une excellente interview de ce « directeur éditorial et littéraire » que je vous conseille de lire en suivant ce lien : https://www.actualitte.com/article/interviews/la-france-a-un-probleme-avec-l-imaginaire-stephane-marsan-bragelonne/70817

Cette interview m’a convaincu (en tant que lecteur, auteur et marketeur) que la stratégie suivie par cette maison d’édition à la fois pragmatique et visionnaire éclaire un chemin à suivre pour promouvoir l’imaginaire et l’édition de l’imaginaire. En allant à ces « Rencontres numériques », j’espérais profiter d’une nouvelle portion de cette sagesse.

J’ai répondu à « l’appel de l’imaginaire » : C’est une démarche logique pour moi qui écrit principalement de la Science Fiction et qui ne perd jamais une occasion de la promouvoir autour de moi. Vous savez, ce genre littéraire considéré par les détenteurs de la littérature dite « blanche » comme mineur. Pourtant c’est elle qui, à mon sens, sauvera l’humanité de l’extinction. Mais c’est une autre histoire que je vous raconterais ici prochainement…

« L’appel de l’imaginaire » est une initiative collective destinée à faire la promotion des littératures de l’imaginaire. En effet si l’imaginaire au cinéma ou à la télévision prend une grande place, il en est tout autrement dans nos librairies où l’imaginaire n’est qu’un petit rayon « fourre-tout » placé au fond de la pièce parfois phagocyté par la littérature « jeunesse ». C’est un mouvement suivi par quelques éditeurs dont Bragelonne qui ont décidé de transformer ce mois d’octobre et ses citrouilles en « Mois de l’imaginaire ».

Avec mes amis de « L’appel de l’imaginaire », il a été décidé de commencer notre démarche en rassemblant les chiffres nous permettant de faire un « État des lieux de l’imaginaire » qui sera présenté aux Utopiales en novembre (https://www.utopiales.org/). Pour savoir où l’on va, il est parfois nécessaire d’évaluer d’où l’on vient. Dans ce cadre nous avons désespérément besoin de métriques, notamment sur les ventes numériques, nous permettant de quantifier cet état des lieux. Bragelonne étant l’acteur majeur du « numérique imaginaire », je me suis dit que lors de ces « rencontres » j’allais pouvoir collecter quelques chiffres ou trouver quelques pistes de travail.

Je suis quelqu’un de très curieux. J’espérais pouvoir acheter un livre de Cécile Duquenne pour pouvoir échanger quelques mots avec elle sur sa définition de la nature du « Steampunk » lors d’une dédicace. Comme je suis justement en train d’achever un roman « Médiéval Steampunk » et que je trouve que mon « contenu vapeur » est un peu léger, connaître le point de vue de la grande prêtresse francophone du genre est bigrement intéressant. Mais de ce côté-là, j’ai aussi été déçu.

Qu’est-ce que l’on pouvait trouver lors de ces rencontres ?

Les locaux de Bragelonne sont parfaits pour organiser des événements. Vous entrez dans une petite cour plutôt sympathique pour évoluer vers une grande salle bien éclairée qui semble totalement dédiée à ce type d’événement. Un bar dans un coin (qui n’en était pas un en vérité) vous accueille, et vous pouvez apercevoir dans la salle, des friandises sucrées sur les tables, un bar à jus de fruits et un petit stand vous proposant des gaufres de toutes sortes. Bon, pour le diabétique consommateur d’eau minérale que je suis c’est raté, mais de toute évidence, pour accueillir ses lecteurs Bragelonne avait mis ses petits plats dans les grands.
Des « cautions sociales » (youtubeurs et blogueurs) étaient présentes dans la pièce (enfin, je le suppose) et vous pouviez aller discuter avec eux de… Mais de quoi, en fait ?
Au fond de la salle une table avec trois auteurs en dédicace vous accueille et…plus rien.

Pas de vente de livre, si vous êtes venu les mains vides Bragelonne vous propose royalement un morceau de bristol à dédicacer. Et surtout rien qui ne parle vraiment du numérique… 

Si, les auteurs présents ont tous commencés par proposer leurs écrits chez Bragelonne en numérique avant d’avoir pour certains d’entre eux le privilège d’une édition papier, rien d’autre ne met en avant le coté « nouvelles technologies » de ces rencontres.

Enfin lors de cet événement ont été distribués des flyers présentant un tout nouveau groupe de lecture éphémère. A priori pour le secteur de la romance, je ne me sens pas concerné.

Qu’est-ce que l’on ne pouvait pas trouver lors de ces rencontres ?

Bon je ne m’appesantirais pas sur le concept du « Bristol dédicace » qui est à mon avis totalement à côté de la plaque. Mais comment arriver à dédicacer une œuvre sur une tablette numérique vous allez me dire ? Effectivement ce n’est pas possible, mais vous pouvez imaginer combien, pour l’amoureux des livres que je suis, ce bristol ne représente pas plus de valeur que la serviette en papier d’un restaurant. Oui, la critique est aisée et l’art est difficile alors je vais quand même me permettre de faire une suggestion pour la prochaine édition.

L’événement « dédicace » est un concept ancien qui ne correspond en rien au « business-model » du numérique. Certes Bragelonne aurait pu proposer de belles photos d’auteurs en guise de bristol qui auraient pu servir de support de dédicace 1000 fois plus valorisant, mais on pouvait encore faire mieux…

http://xfan.fr/dndre

Je suis sûr que nos auteurs auraient pu proposer des contenus exclusifs pour l’événement. Une petite nouvelle ou un bref extrait d’un prochain roman téléchargeable sur votre smartphone via un Qr code ou une URL simplifiée (-> flashez le Qr code ci-contre pour comprendre comment ça marche). En plaçant à côté de chaque auteur une affichette expliquant comment procéder, le lecteur repart avec une valorisante exclusivité qu’il peut mettre sans peine dans sa poche.

Personnellement, je n’ai pas eu le cœur de me présenter devant Cécile Duquenne avec cette fiche cartonnée pour lui poser mes deux questions. Désolé Cécile, je pense que j’aurais l’occasion de te rencontrer lors d’une autre manifestation, même si ce sera sûrement dans de moins bonnes conditions.

Quelques affiches présentant l’offre numérique de Bragelonne. Des métriques où l’on pourrait se rendre compte de l’évolution de cette offre chez Bragelonne. OK je rêve un peu, car c’est exactement ce que je recherchais personnellement pour mes amis de « L’appel de l’imaginaire », mais il aurait été légitime de trouver des informations sur ce marché en pleine évolution. Après tout, un des objectifs de cet événement c’est de convaincre les lecteurs de l’intérêt de passer au numérique. Ce type de communication dans ce cadre est totalement légitime et pertinent.

Une animation servant de fil rouge à l’événement. Combien un simple micro sans fil et deux haut-parleurs auraient pu rendre cet événement mille fois plus intéressant en offrant à l’audience présente dans la salle un bon moyen de patienter en attendant d’obtenir sa dédicace. Des discours dispensés par des responsables d’éditions (à défaut d’entendre Stéphane Marsan), des interviews d’auteurs (ceux qui patientent avant de passer en dédicace) ou de blogueurs, l’intervention d’un des créateurs numérique qui explique comment on réalise un ebook ou la couverture d’un roman… Autant de savoir-faire qui auraient pu captiver la foule et expliquer comment naissent les livres numériques sans coûter le moindre centime supplémentaire à Bragelonne. OK, le bruit est un peu l’ennemi de la « dédicace », mais je peux vous assurer que la salle et sa conformation pouvaient sans peine faire cohabiter ces deux pôles d’intérêt sans qu’ils se gênent l’un l’autre côté décibels.

Des organisateurs et intervenants clairement identifiés. Une des choses qui m’ont déstabilisé, c’est de voir une salle pleine de gens que je ne saurais qualifier. En effet, rien ne différenciait les visiteurs des organisateurs ou même des « people » des réseaux sociaux qui se trouvaient présents dans la salle. Ce que je veux dire, c’est que ma visite aurait été bien plus valorisante et productive si j’avais pu échanger quelques mots avec un membre du staff. La salle n’était pas bondée et l’ambiance se prêtait sans peine à la discussion.

Je dirais même plus, cet article aurait sûrement été plus intéressant si seulement le staff avait porté un simple badge m’indiquant que je pouvais lui parler pour obtenir plus d’information. Je suppose que le public habituel de ces soirées est toujours plus ou moins le même et que les gens dans la salle devaient en général tous se connaître. Mais je descendais de ma lointaine province (les Yvelines) pour participer pour la première fois à cet événement et seul mon fils, qui adore m’accompagner dans mes pérégrinations lorsqu’il s’agit de littérature, a reconnu plus ou moins une sommité de YouTube dont je ne saurais dire le nom. Bref, comme je n’avais pas le cœur d’aborder les gens pour vérifier s’ils faisaient partie du staff ou non, je suis reparti totalement insatisfait de cet événement qui pourtant, a priori, s’annonçait sous de bons auspices.                 

Conclusion :

Vu le décalage entre mes attentes et la réalité, il était logique que mon bilan de cet événement ne soit pas positif. Bragelonne a pourtant mis en place une belle organisation qui a dû plaire à la majorité des visiteurs présents à ces rencontres. Mais je dois bien avouer que je suis bien plus difficile à satisfaire.

Il y avait tellement de choses à faire pour transformer cette simple séance de dédicace en un véritable événement faisant la promotion du numérique. Tellement d’occasions manquées qui auraient pu rendre cet après-midi absolument mémorable. C’est la promesse que l’affiche et la sémantique « Rencontres numériques » semblaient pourtant diffuser.

En mettant en place cette cartonnesque* parodie de dédicace, Bragelonne me semble ne pas avoir bien compris toutes les implications que le numérique apporte à son business-modèle et pense encore intrinsèquement en termes de communication autour du « papier ». Entre nous, ne pas savoir se projeter dans le futur me semble personnellement curieusement inapproprié pour une maison d’édition proposant de « l’anticipation ».

Mais je lui pardonne, car si cet événement ne m’a pas transporté, la ligne éditoriale de Bragelonne et sa façon de la promouvoir est ce qui se fait de mieux dans le monde de l’édition francophone. C’est tout ce que l’on attend en vérité de cette maison d’édition. Malgré ma déception, je resterais un client fidèle.

Rendez-vous l’année prochaine en espérant que cet article donne à Bragelonne quelques idées.

 

(*) Désolé, mon étrange sens de l’humour me fait commettre ce type de créations lexicales malheureuses. C’est plus fort que moi.

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