Dans la tête de… Chris Simon

Ceci est la première interview d’une série consacrée exclusivement aux auteurs. « Dans la tête de… »  essaye de bousculer les codes habituels au profit de questions destinées à vous faire pénétrer dans les processus de travail, dans les pensées intimes de chaque auteur. 

Loin de la liste de question photocopiée envoyée à tous les interviewés « Dans la tête de… »  va proposer des questions travaillées et différenciées pour chaque auteurs. Je remercie Chris Simon qui s’est prêtée au jeu pour cette première interview. Vous allez voir, ses réponses sont passionnantes :

Bonjour Chris. Pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

— Auteur de la série psy Lacan et la boîte de mouchoirs et du roman Mémorial tour qui a été Lauréat d’Amazon au salon Livre Paris 2016. Je suis indépendante avec parfois des passages en maison d’édition. Un pied à Paris et un pied à New York. J’aime explorer des thèmes de société toujours avec un peu d’humour. J’écris en ce moment Brooklyn Paradis, une série noire Thriller  avec de l’humour qui se passe dans les quartiers de Brooklyn, New York.

Tu as décidé de remettre au goût du jour le feuilleton littéraire qui, dans les années 1800, a fait les beaux jours du début de la presse écrite. Elle a été popularisée par Alexandre Dumas, Honoré de Balzac ou Charles Dickens. Tu as été l’une des premières en France à proposer en ebook tes histoires sous cette forme. Pourquoi as-tu décidé de devenir « feuilletoniste » de nos jours ?

— Je trouvais que le format numérique s’y prêtait très bien, le feuilleton au départ était un espace dans le journal (un bas de page) dans lequel les auteurs du 19e publiaient à un rythme quotidien. Ce que l’on appelle les grands romans classiques ont majoritairement d’abord été des feuilletons. La révolution de l’impression rapide au 19e siècle avait permis un boum littéraire. Je me suis dit, « le numérique aujourd’hui permet un nouveau boum littéraire », et je me suis donc lancée dans le feuilleton/série.

— En 2013, j’écrivais et publiais un épisode par mois de la série Lacan et la boîte de mouchoirs. Aujourd’hui, je continue avec ma série Brooklyn Paradis, mais cette fois par 6 épisodes, ce qui correspond à une saison intégrale.

— Il y a dans cette forme quelque chose de très spécifique. Le temps marche avec le temps de l’écriture et le temps des personnages, ce temps en synchronisation avec le réel permet aussi d’intégrer l’actualité. Mais ce n’est pas tout, mes personnages ont le temps d’évoluer, de me surprendre, de se développer de manière horizontale, mais aussi verticale, plus que dans un roman, je pense. Ils peuvent disparaître sur une saison pour revenir deux saisons plus tard. Les personnages vivent dans le même temps que nous, ou du moins un temps très proche. C’est ce rapport au temps (temps réel/temps de la fiction) que je trouve fascinant.

Ta première série : « Lacan et la boîte de mouchoirs » était légèrement autobiographique. Comment es-tu passée de cet univers proche du tien à celui de la fiction pure ? La transition n’a pas été trop difficile ?  

— Hum. Pas sûre que la fiction pure existe vraiment. Les émotions par exemple, ne sont pas de la fiction. Elles ont été éprouvées par ceux qui les décrivent et ceux qui les lisent. À partir de là, je peux dire que Lacan et la boîte de mouchoirs est autant une fiction que Brooklyn Paradis, même si chaque série prend sa source dans ma réalité. Elles m’ont été inspirées par ma vie. Comme Judith, je me suis rendu chez un psy et comme Judith, j’ai été intriguée par le fait que le psy ait été lacanien, si c’est courant en France, ça ne l’est pas aux États-Unis. Toute la suite de Lacan et la boîte de mouchoirs est une fiction.

— Pour Brooklyn Paradis, je suis partie d’un fait divers que j’avais lu, il y a une bonne dizaine d’années dans le New York Times, sans doute, journal que je lisais à l’époque. Ensuite il a fallu inventer les personnages et bien sûr je me suis inspirée de ma vie quotidienne, de mon entourage à New York.

Dans ta préface de la saison 1 de Brooklyn Paradis, tu parles des séries TV américaines comme « NYPD blues », « Les Sopranos » ou « Breaking Bad », dans quelle proportion les aventures de Andy Sipowicz, Walter White ou autre t’ont influencées dans ton écriture ?  

 — Ce sont des séries que j’ai aimées. Leurs personnages n’influencent pas mon écriture. J’évite de m’inspirer de personnages de fiction pour créer des personnages, ce serait un peu comme copier un dessin de Raphaël. C’est bien pour se former aux techniques, mais pas pour créer un personnage unique, à moins qu’on ne le fasse délibérément comme sujet d’écriture. Je ne suis pas ce que l’on appelle une fan de séries TV, je les regarde avec un œil de scénariste – j’ai une formation de scénariste -. Ces trois séries ont en commun d’être excellentes du point de vue de l’écriture scénaristique (mais pas que…). Dans les séries américaines, les personnages portent l’histoire, une des raisons pour lesquelles les gens aiment les séries et veulent connaître la suite. Le personnage de séries traverse plus de défis qu’un personnage de roman, il rencontre plus d’adversité et il a l’opportunité de résoudre plus de problèmes, un peu comme nous, c’est ainsi que nous vivons notre vie. Walter White, dans Breaking Bad, est intéressant parce qu’il devient de plus en plus antipathique au fil de la série. Ce qui est rare aujourd’hui. La vague feel good se déferle sur la France, alors qu’il suffit de prendre le métro pour se rendre compte que les gens sont plutôt colère et beaucoup moins bisounours. Je préfère les personnages plus complexes comme Walter White.

Tu laisses courir ta plume sur le papier sans savoir où elle va te mener, ou tu fais des plans précis avant de commencer ta saison ? Comme auteure, tu es plutôt « Jardinier » ou « Architecte » ?

— Je crois que j’ai commencé jardinier, et au fil du temps je me suis penchée sur la structure. Aujourd’hui, je navigue entre les deux, j’avance dans un projet littéraire sur les deux fronts en même temps. Je jardine, puis je structure, je jardine de nouveau, puis je consolide la structure., etc.

— Pour la série par contre, je structure dès le départ. Disons que j’ai l’arc des personnages principaux et donc là où ils finissent, c’est-à-dire le point où l’histoire finit. Pour ne pas se perdre sur du long, il faut travailler l’architecture dès le départ. D’autant, plus que dans Brooklyn Paradis, Il y a de nombreux personnages avec des sous-intrigues. 

Dans le cadre d’une série, comment arrives-tu à définir tes intrigues ? C’est une progression simple qui suit un seul personnage ou des histoires et objectifs multiples qui s’imbriquent ? Comment arrives-tu à relancer sans cesse l’intérêt du lecteur ?

— Encore une fois, je pars toujours des personnages dans une situation de départ. Cette situation créée des turbulences pour tous les personnages et à partir de ces premières turbulences, les personnages s’en sortent ou aggravent leur situation. Les personnages créent l’intrigue plus que moi. Les personnages secondaires émergent d’eux-mêmes. En tant qu’auteur, je m’efface pour faire toute la place aux personnages, un peu comme une actrice s’efface pour prêter son corps, sa voix et ses émotions au personnage qu’elle interprète.

— Comment je tente de relancer l’intérêt du lecteur ?  😉 En m’assurant constamment que les personnages répondent aux situations « in-character », c’est-à-dire en fonction de qui ils sont.

Pourrais-tu nous en dire plus sur le contenu moral, philosophique ou symbolique de Brooklyn Paradis ? Ou nous citer quelques phrases de ton histoire dont tu es particulièrement fière ? 

— J’aime bien poser des questions dans les livres que j’écris que ce soit des séries ou des romans, ce sont des questions que je me pose. Dans mon roman, Mémorial tour, je pose la question de la mémoire. Est-ce que le mémorial (celui de la Shoah, par exemple) nous protège contre le retour de la barbarie ?  Dans la série Lacan et la boîte de mouchoirs Judith se demande si elle peut changer, ou du moins s’améliorer, elle le tente à travers la psychanalyse. Dans cette série, Brooklyn Paradis, je tente de poser une question : l’argent est-il en train de remplacer toutes les autres valeurs de notre société ?

— J’ai dû mal à être fière, une fois qu’un texte est écrit et publié, je passe à autre chose… Pour un extrait, je vous invite à lire l’épisode 1 de la Saison 1, je l’offre sur les plateformes : Kobo, Kindle, Fnac, Bookelis, Nook et Apple. J’espère que ce premier épisode vous donnera envie d’aller plus loin et de lire la série.

Tu sors dans les prochains jours la saison 3 de Brooklyn Paradis. Sans dévoiler l’histoire, que peux-tu dire aux lecteurs qui ont déjà lu les deux premières saisons. Que peuvent-ils trouver dans cette suite ?

— Oui, j’ai menée à bout cette troisième saison et bientôt je me mettrai à écrire la saison 4.

— La saison 3 et la saison de Jeb, bien sûr Cameron et Courtney poursuivent, pour l’un son ambition juvénile, pour l’autre son désir de femme, cependant Jeb qui fait face à l’adversité à la fois dans sa famille et dans son boulot va révéler des qualités, mais pas que… l’empathie a parfois un prix.

— Je propose aussi une scène clin d’œil pour mes lecteurs fans de la série Lacan et la boîte de mouchoirs. Je sais qu’ils apprécieront. 

Si  je veux lire Brooklyn Paradis, comment et sous quelle forme (ebook, broché…) puis-je me le procurer ?

— Toutes les saisons sont disponibles sur Kobo, Fnac, Apple, Kindle, Nook. 

— (La saison 3 est en précommande sauf sur Kindle, elle sera disponible à partir du 18 novembre sur cette plateforme)

— La version papier est déjà disponible sur Amazon :  https://www.amazon.fr/dp/B07765H4VZ/?tag=mthome-21

Merci Chris.

— Merci à toi Elijaah

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