Comment réussir un « premier rendez-vous » ?

J’aime comprendre les choses. Même si la compréhension met parfois plusieurs années à se faufiler au pas d’un escargot à reculons dans les méandres de ma cognition.

Ma foutue logique me pousse à trouver des explications à tout. Vous allez me dire que cette sale habitude cartésienne est totalement dépassée depuis l’avènement de la physique quantique ou la théorisation des “cygnes noirs” et vous avez raison. Mais l’homme qui est en moi réclame toujours sa ration de causalité. Comme tout le monde, cela me rassure d’arpenter des chemin connus et cartographiables. Bref…

Ma “comprenette” du jour je la dois à Bernard Werber qui a posté sur Facebook un très long post dévoilant son histoire personnelle que je vous invite à lire tellement il est intéressant sur de nombreux sujets : https://www.facebook.com/Bernard.Werber.officiel/posts/1465072360196344

Il définit comment il en est arrivé à écrire et comment cet exercice est pour lui une forme de thérapie. Je ne doute pas des qualités salvatrices d’exercer une passion et Bernard nous en fournit un exemple frappant (ses qualités d’auteur ne sont pas étrangères à l’impact que ce texte peut avoir). On y apprend entre autre que Bernard Werber souffre d’une maladie dégénérative dont l’issue est très handicapante et qu’il aime mes deux auteurs de prédilection, Frank Herbert et Isaac Asimov.

Mais si vous connaissez mon égo démesuré, vous savez que je ne vais pas tarder à parler de l’impact que cet article a eu “sur moi”.

Dans cet article Bernard dit (je cite) :

Enfin Albin Michel acceptait de me publier en me demandant juste de réduire de 1500 pages à 350. Il me fallut enlever les grandes scènes flamboyantes que j’avais rédigées dans l’esprit du Salambo de Flaubert (autre référence qui me semblait parfaite pour rédiger un récit sur les fourmis). Donc de 1500 à 350 pages, je publiais la version « clip » du long métrage.

Et c’est là que j’ai compris pourquoi je suis passé totalement à côté de cet auteur unanimement apprécié. Albin Michel a totalement gâché mon premier rendez-vous avec lui pour répondre à des inévitables contraintes marketing.

Lorsque j’ai lu “Les fourmis”, j’ai trouvé l’idée générale formidable mais totalement gâchée par le fait qu’elle était largement survolée. Je sentait un potentiel dramatique, scientifique et philosophique latent qui n’était même pas esquissé alors qu’il aurait pu faire de ce premier roman un chef d’oeuvre de la SF équivalent à “Destination Vide” et la suite du “Programme Conscience” écrits par Frank Herbert et Bill Ransom.  Je l’avoue ce premier rendez-vous raté avec Bernard à signé la fin de notre idylle et chacun a poursuivi son chemin, lui vers la lumière d’un succès durable et moi vers l’ombre des étagères des librairies pour trouver d’autres auteurs à même de me satisfaire.

Aujourd’hui, je viens de comprendre que Bernard avait dû, sans aucun doute, mettre dans son histoire tous ces éléments qui pour moi faisaient défaut dans “Les Fourmis”. Au bout de douze ans de travail et plus de cent réécritures il a dû sacrifier son travail et découper son histoire comme un  boucher pour en tirer plus ou moins les meilleurs morceaux. Tout cela parce qu’Albin Michel ne voulait pas l’éditer dans l’état.

Il serait facile pour moi vu l’auditoire qui est le mien, de critiquer cette maison d’édition en l’accusant de mercantilisme débridé et de m’en prendre ensuite à cette profession toute entière en expliquant qu’elle ne comprend rien à l’art ou à la sensibilité des auteurs et lecteurs. Mais voilà, je sais que cet éditeur avait raison d’éditer pour un premier roman un manuscrit ne dépassant pas les 300 pages. Albin Michel sait justement que le premier rendez-vous avec un auteur doit se passer dans des conditions optimales.

Pour un lecteur, faire connaissance avec un nouvel auteur est un risque. Un risque d’autant plus grand de le nombre de pages de son livre est élevé. Sachant que l’épaisseur du livre influe également sur son prix de revient, vous pouvez imaginer qu’il représente un risque financier. Je veux dire, pas seulement pour l’éditeur c’est également un risque pour le lecteur. La ou un auteur suivi et bien connu peut sans problème écrire des romans de plus de 600 pages qui seront achetés et dévorées sans remord, le débutant doit se contenter d’un ouvrage bien plus réduit pour faire ses preuves. C’est une règle connue et reconnue qui connaît néanmoins quelques exceptions, mais elles sont rares.

Ok, c’est comme ça avec les Maisons d’édition, mais si vous êtes indépendant ou auto-édité ne croyez pas échapper à cette contrainte car vos futurs lecteurs vont évaluer exactement les mêmes risques. Pour moi qui achève en indépendant mon premier roman ces contraintes existent et je dois m’y confronter. Contrairement à Bernard, j’ai réfléchis à ce problème en écrivant mon roman qui était dés le départ destiné à être relativement court. C’est la raison pour laquelle « PERSONAÉ, l’éducation du scribe »,  son aventure spectaculaire, son contenu philosophique et son monde complexe et travaillé devrait avoisiner seulement les 300 pages découpées en une vingtaine de chapitres. 

Conclusion : Amis auteurs, faites attention au premier rendez-vous que vous donnez à vos lecteurs. Comme toutes les histoires d’amour, la première impression est cruciale. Pensez aussi que le prix n’est pas le seul facteur de risque auquel vous allez devoir faire attention. Le temps que le lecteur va devoir investir pour vous connaître peut être décisif.   

D’autre part,… Je devrait donner une nouvelle chance à Bernard Werber. Si vous avez une recommandation à me faire n’hésitez pas à me laisser un message.  

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