Auto-édition : Comment vendre une œuvre inclassable ?

Je n’aime pas Facebook. Mais je dois avouer que c’est la deuxième fois qu’il m’offre de l’inspiration pour écrire un article. Cette fois-ci c’est la question posée par une lectrice dans « LE SALON LITTÉRAIRE » créé par Elen Brig Koridwen (Groupe privé) qui est à la base de ma réflexion :  « Lorsque vous publiez vos livres comment arrivez-vous à définir le genre auquel ils appartiennent vu la prolifération de styles qui existe ? »

Comme je n’avais pas compris les enjeux qui se cachaient derrière cette question j’ai répondu logiquement « Ce n’est pas les auteurs qui décident, mais les lecteurs ». Mais une fois la question précisée par son auteure, j’ai ajouté quelques minutes plus tard :

« En fait c’est plus souvent les éditeurs qui s’occupent de cette catégorisation de deux façons :
– Ils définissent une ligne éditoriale que les auteurs doivent suivre pour être édités dans une collection.
– Ils cernent le public potentiel d’une œuvre et décident de la catégoriser (parfois de la modifier) pour correspondre à cette cible. »

Vous l’avez compris, la catégorisation d’un ouvrage est, de mon point de vue, principalement un problème marketing qui ne devrait pas être le problème de l’auteur, mais pourtant… Dans le cas de l’auto-édition les auteurs étant également éditeurs, ils doivent absolument se préoccuper de ce problème. Ils y sont forcément confrontés lorsqu’ils tentent de classifier leurs romans pour les vendre sur une plateforme de e-commerce, mais ils devraient aussi y penser lorsqu’ils écrivent.

Je me rappelle de certaines discussions avec mes pairs qui tournaient autour de de la catégorisation de leur prose. Leur bébé possède toutes les qualités de l’auto-édition qui leur offre une créativité sans limites et une liberté de ton dont ne peuvent profiter leurs confrères édités. Mais cette liberté éditoriale a un prix à payer. Principalement quand vous allez vous poser cette question : « Comment vendre mon ouvrage ? »

Si vous avez créé une histoire, tendance manga « magical girl », remplie de zombies ayant des relations romantiques dans un Paris alternatif et rocknroll, ou la vie est une maladie contagieuse qui vous rend dangereux pour les morts vivants, vous avez sans doute écrit une histoire originale et pleine de surprises. Mais elle va sûrement moins bien se vendre qu’un roman catégorisé simplement comme : « une histoire de zombies ».

Le lecteur lambda est victime d’une dichotomie entre passion et raison. Il recherche la nouveauté, mais ne l’achète pas.

Un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) ne correspond pas à un modèle de narration connu. Les lecteurs recherchent la nouveauté. Ils en ont marre de toujours lire le même type d’histoire et plébiscitent l’originalité. Les plus belles ventes sont des fictions qui ont presque créés un nouveau modèle littéraire.

Pourtant, lorsqu’ils rencontrent ce type de roman les lecteurs ne savent pas ce qu’ils vont acheter. Quand il ne sait pas ce qu’il achète, le client potentiel doute et celui qui doute n’achète pas.

Ce que vous devez travailler absolument, pour vendre votre roman (lorsque vous portez votre casquette d’éditeur) c’est un problème bien connu en marketing internet sous le nom de réassurance .

En un mot, vous devez rassurer votre lecteur. Lui vendre l’originalité qu’il désire tout en la balisant parmi les chemins connus. C’est là toute la difficulté de l’exercice.

En fait, c’est un challenge facile à assurer avant de commencer votre écriture lorsque vous basez l’idée principale de votre histoire sur un concept simple et vendeur. John Truby dans « l’anatomie du scénario » appelle cela un « Prémisse high concept », moi j’appelle ça un « Pitch ».  

Pour le fun, voici 3 pitchs que j’avais proposés pour un défi sur Scribay :

  • Des extraterrestres loups-garous envahissent notre planète et trouvent sur leur chemin une jeune femme habillée en rouge qui va les combattre.
  • Un prêtre-exorciste s’embarque avec les conquistadors pour tuer des vampires-zombies incas.
  • Des hamsters magiciens mutants sauvent notre monde d’une apocalypse nucléaire.

Comme vous pouvez le voir, on peut tout à fait être original tout en étant facile à qualifier. La première histoire est « un conte sexy avec des extraterrestres », la seconde un « survival-horror chez les Incas », et la troisième « Des animaux magiques mignons tout pleins ».

Bien sûr je vous conseille d’éviter de traiter des sujets aussi capillotractés quoique… je vous invite à voir ce qu’il est possible d’écrire avec « Un magicien nommé Grispoil » 

Voici les catégories pour ces trois histoires :

  1. Science-Fiction / Horreur (Cible : Adulte, homme)
  2. Horreur / Histoire (Cible : Adulte, Femme)
  3. Jeunesse / Fantasy (Cible Enfants, Filles)

Voilà, vous savez maintenant comment écrire vos histoires en étant à la fois original, facile à catégoriser et conscient de la nature (sexe, âge…) de vos lecteurs. Vous êtes maintenant devenu un véritable éditeur. Il ne reste plus qu’à écrire tout cela.

Mais, je l’ai déjà écrite mon histoire. Et elle ne rentre pas dans les cases !

— Maudits auteurs qui ne comprennent rien au marketing ! OK, je retire ma casquette d’éditeur et remets mes lunettes d’auteur, désolé.

Dans le titre de mon article je vous avais promis de vous aider à vendre le patatoïde qui vous sert de manuscrit, alors, allons-y !

Tout d’abord je vous comprends. J’ai beau porter la casquette du marketeur dans ma vie professionnelle, quand j’ai écrit mon premier roman, je l’ai fait sans réfléchir au fait que j’allais devoir convaincre des lecteurs de l’acheter.

Quand vous avez mis plus de deux ans pour peaufiner votre manuscrit, je peux vous assurer que c’est très déstabilisant lorsque vous essayez de le présenter aux acheteurs potentiels de vous rendre compte que votre roman possède assez peu de potentiel. J’ai pourtant pensé à mon lecteur tout au long de mon écriture au point d’en faire le héros invisible de mon histoire. J’ai travaillé pour éveiller sans arrêt son intérêt et relancer l’intrigue pour le porter vers un « climax » lourd de conséquences pour les habitants de mon monde. Mais j’ai totalement oublié que pour que toute cette mécanique fonctionne il faut que le lecteur ait envie d’ouvrir mon livre, ai envie de l’acheter. Et là, pour le coup il faut avouer que j’ai totalement raté le truc.

C’est pour cette raison que je vous exhorte si vous voulez commencer à écrire une histoire de bien prêter attention à la première partie de mon article.

Mais maintenant le mal est fait, que puis-je faire pour améliorer tout cela ?

1 – Votre roman est plein de promesses, commencez à les répertorier.

Voyons Personaé c’est :

  • Six personnages principaux (le héros est à peine mieux traité que les autres)
  • Six histoires croisées ayant chacune un objectif différent (je sais depuis peu que ma narration en « maelstrom » est l’une des structures les plus évoluées pour raconter une histoire. Mais elle rend difficile l’identification à un personnage unique).  
  • Une Fantasy médiévale.
  • Steampunk (il y a des machines à vapeur).
  • Une mythologie (les dieux marchent parmi les hommes).
  • Une histoire de zombies.
  • Une belle romance.
  • Une aventure façon « road trip ».
  • Une œuvre philosophique.
  • Une histoire politique.
  • Une déclaration d’amour de la littérature.
  • Une recherche sur la véritable nature de la foi.
  • Une réflexion sur le totalitarisme et la culture.
  • Une histoire de Science-fiction.
  • Une Dystopie (le futur que je décris est loin d’être radieux).
  • Une anticipation sur l’évolution de l’intelligence artificielle.
  • Une interrogation sur l’impact des technologies de l’information sur notre humanité.
  • Une démonstration prouvant que la « magie » existe toujours de nos jours.
  • …et j’en passe (je ne vais pas parler des thèmes secondaires)…

Le tout est écrit pour plaire aux deux sexes de 14 à 77 ans de tous niveaux d’étude. Question cible, difficile de ratisser plus large.

J’ai écrit une œuvre distrayante que j’espère complexe et complète, mais qui est un véritable cauchemar à vendre pour un éditeur. Un pur joyau de l’auto-édition qui n’arrivera à conquérir son public que sur le long terme (si j’arrive à convaincre mes premiers lecteurs de l’acheter). En réalité, je sais que ma seule chance de vendre ce premier roman c’est d’en écrire un second, cette fois-ci en suivant les préceptes cités plus haut. Mais je sais que cela ne vous aide pas à catégoriser votre manuscrit alors passons à la seconde étape :

2 – Choisissez les deux ou trois promesses pouvant se mélanger pour créer un concept fort.

Pour Personaé :

  • C’est une Fantasy médiévale qui est en fait une histoire de SF.
  • La fameuse « structure en maelstrom » m’a été inspirée par le « Trône de fer » de Georges RR Martin. Son côté « monde sans pitié » également.
  • Mon histoire met en avant des questions philosophiques et morales (enfin, plus que les histoires habituelles du genre (mon amour pour « Dune » et Frank Herbert ne doivent pas y être étrangers)).

Je pense que vous voyez qu’en résumant mon histoire à ses basiques les plus grossiers il reste quand même un problème de ciblage entre le contenu d’aventure et celui de l’œuvre philosophique. C’est un problème que je traiterais dans un autre article, car il sera l’objet d’une expérience d’édition que vous devriez trouver intéressante.

Donc je vais jeter le troisième point qui dépasse pour me concentrer sur les deux premiers. Mon objectif est de mettre en avant le concept directeur de mon histoire dans des termes compréhensible par le plus grand nombre de mes lecteurs potentiel. La fameuse phrase qui devrait suffisamment attirer leur attention pour leur donner envie d’acheter ma prose.

3 – Résumez votre concept en une seule phrase, la plus courte possible. En termes de communication faire court c’est délivrer un message fort.

Pour Personaé, voici ce que cela donne :

  • Et si « Game of Thrones » était une histoire de science-fiction ?  

Vous remarquerez que j’utilise la déclinaison télévisée de l’histoire de Georges RR Martin bien plus connue que l’œuvre littéraire qui lui a donné la vie. Je déteste utiliser des anglicismes, mais malheureusement l’éditeur audiovisuel n’a pas jugé bon de franciser le titre de ce spectacle télévisuel.

Bien entendu mon roman tient cette promesse et l’amateur de la série devrait retrouver sans peine ses marques en visitant les terres d’Esper bien qu’elles soient bien différentes de son modèle. Et comme promis, au fur et à mesure de son avancée l’aventure médiévale devient une œuvre de Science-Fiction.

Certes, ça me fait mal au cœur de résumer les dimensions multiples de mon manuscrit à cette simple phrase qui donne presque l’impression que mon roman est un plagiat. Mais si je ne peux donner à mes futurs lecteurs l’envie d’acheter « Personaé, l’éducation du scribe* », tout ce travail aura été fait pour rien.

Ne laissez pas votre côté « auteur » saboter le travail de « l’éditeur ».

C’est difficile de vendre votre bébé en une seule phrase, mais réfléchissez au fait que sur internet et par extension dans l’époque qui est la nôtre vous ne disposez que de six secondes pour capter l’attention ou la perdre à jamais.

OK, c’est bien beau tout cela, mais je ne sais toujours pas comment faire rentrer mon histoire dans les catégories d’Amazon !

Nous y sommes presque, mais ce sera l’objet d’une suite à cet article.

À bientôt…    

 

(*) Oui, je le sais. Avec un titre pareil difficile de déchaîner les foules. Mais je peux vous jurer qu’une fois lu vous allez découvrir que le mot « éducation » ne manque pas de sel. ^^)  

 

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